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COS Chronicle

Cos d’Estournel par ses contemporains

ARTICLE -

« Une féerie »

De Stendhal à Labiche, de Karl Marx à Henry Ribadieu, la littérature regorge de récits décrivant avec délectation la beauté de Cos d’Estournel et la qualité de ses vins, et admirant l’œuvre de toute une vie, celle de Louis-Gaspard d’Estournel.

Ainsi, Henry Ribadieu, dans Les Châteaux de la Gironde en 1855, voit en Cos d’Estournel « une féerie, un vrai palais de Chine, une pagode indoue ! Dômes élevés, coupoles que frappe le soleil, arcades toutes grandes ouvertes comme un arc de triomphe où va passer un roi, tourelles découpées à jour, pavillon chinois où l’air en passant agite mille sonnettes… »
La même année, P. C. de Saint-Amand, au cours de sa Promenade en Médoc, observe que « le mirifique portail a quelque chose d’une décoration théâtrale, non seulement parce qu’il a l’air d’être en bois recouvert de toile peinte, mais encore parce qu’il est trompeur et n’est l’entrée que de chais et d’écuries. De maison de maître point, et on ne trouve là, à proprement parler, qu’un vignoble avec ses bâtiments d’exploitation ».
Et quelques années plus tôt, en 1838, c’est Stendhal qui, dans son Voyage dans le Midi de la France, décrit « ce bâtiment fort élégant, d’une brillante couleur jaune clair, n’est à la vérité d’aucun style ; cela n’est ni grec ni gothique, cela est fort gai et serait plutôt dans le genre chinois. Sur la façade on lit ce seul mot : Cos ».

1860
1860
1872
1872

À Cos d’Estournel, le bâti n’est pas le seul élément qui intrigue.

La vie des lieux, et la façon dont son fondateur organise son domaine, forcent l’admiration : M.-J. Faure, dans son Analyse chimique et comparée des vins du département de la Gironde publiée au milieu du XIXe siècle, précise que « Monsieur d’Estournel a, dans ses différentes propriétés du Médoc, plus de cinq cents personnes qu’il fait vivre. Ces braves gens lui tiennent lieu de famille ; il les loge, les nourrit, les habille, paie le médecin et les remèdes quand ils sont malades, aussi c’est pour lui une adoration et un culte de la part de toute cette population de serviteurs dont il est le père et l’ami ».

À la même période, Saint Rieul Dupouy, dans L’été à Bordeaux, fait l’éloge de ces vins qui voyagent et se bonifient ainsi : « [dans les celliers], chaque casier a sur son étiquette un écusson aux armes du maître […] C’est tour-à-tour 1841, 1828, 1831, fameuse année avec la lettre R gravée au-dessus… Cette lettre R, savez-vous ce qu’elle signifie ? Elle signifie : « Retour de l’Inde », ce qui veut dire que ces vins ont fait deux fois le voyage de l’Inde avant de se faire boire ! Aussi c’est d’une couleur, d’une limpidité, d’une transparence, d’une saveur idéale ; ça brille, ça étincelle, ça éclate, le rubis n’est rien auprès ».

1868
1868

« Il faut le boire avec recueillement et à genoux, en se rappelant les plus beaux passages des grands poètes bachiques de l’antiquité et des temps modernes ».

En 1865, dans le Guide de Bordeaux à la mer, P. Chareau et G. Maillères abondent en ce sens : « ce 1828 et 1831 – R, – il faut le boire avec recueillement et à genoux, en se rappelant les plus beaux passages des grands poètes bachiques de l’antiquité et des temps modernes […] Il est vrai que n’en boit pas qui veut ; quelques rares privilégiés, quelques rares gourmets illustres jouissent seuls de ce grand privilège. Ainsi, en Europe, trois souverains seulement boivent habituellement du Cos-d’Estournel R. : ce sont S. M. la Reine d’Angleterre, M. le baron de Rothschild, le roi des banquiers, et l’Empereur de toutes les Russies ».

Cette préférence particulière, P. C. de Saint-Amand la relate également, mais de l’autre côté du globe : « aux grandes Indes, Cos d’Estournel jouit de beaucoup de faveur, et l’on préfère cette marque à toute autre. Il faut croire que ses plants de la Syras de l’Hermitage ont été du goût des Nababs, ou quelque année favorable aura établi la réputation de ce vin à leur cour, car ils ne veulent boire que du Cos d’Estournel ».

1898
1869
1869

Un lieu qui enchante, un homme qui inspire, le tout au service du vin : comme l’avait voulu Louis-Gaspard d’Estournel, à Cos d’Estournel, c’est le vin qui habite le château.

En 1857, Friedrich Engels n’hésite pas à offrir du vin de Cos d’Estournel à son ami Karl Marx depuis Liverpool : « j’ai fait envoyer une caisse de vins à Manchester. Il fera du bien à votre épouse. Il y a 6 bouteilles de Bordeaux, 3 de Porto et 3 de Xérès… Le bordeaux porte l’étiquette de Cos d’Estournel, que je viens de recevoir ».
Quelques années plus tôt, c’est M.-J. Faure qui indique dans son Analyse chimique et comparée des vins du département de la Gironde que « l’arôme du vin de Cos est d’une suavité exquise : son parfum est des plus délicats, et sa sève a quelque chose de si moelleux, de si agréable, que je n’hésite pas à le placer au même rang que le Lafitte et le Château-Margaux ».

Enfin, Eugène Labiche fait part de sa préférence dès 1864 dans sa comédie Moi : « j’ai deux sortes de vin, écoutez attentivement. L’un porte un sceau rouge, c’est un Cos d’Estournel 1846, un vin salutaire. Celui-là, je le garde pour moi. L’autre, avec un sceau vert, est un mâcon généreux, qui ne me sied pas autant, celui avec le sceau rouge, prends garde à ne le servir qu’à moi et moi seul, avec discrétion ».

En mettant bout à bout ces éclats de textes, se dessine la silhouette intrigante de Cos d’Estournel, et la singularité de ses vins, tels qu’ils apparaissaient à ses contemporains à l’époque de sa création. La naissance d’une légende…


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